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Actualités
04
Déc
2017
« Notre rôle est d’alerter nos clients sur les nouveaux risques »

Entretien avec Mehdi Tazi, Président de Belassur

Conjoncture : Quelques mois après avoir quitté Saham Assurance et rejoint le cabinet Belassur, quel diagnostic faites-vous du marché marocain de l’assurance ?

Ahmed Mehdi Tazi : Le marché des assurances me semble être en bonne santé. C’est un marché qui continue à croître, malgré la relative morosité de l’économie en général. Cette croissance est cadrée par un régulateur fort, qui accompagne ce marché vers les meilleurs standards internationaux. Le faible nombre de compagnies d’assurance (huit assureurs généralistes) fait que chacun des acteurs est de taille suffisamment importante pour être correctement structuré en termes de ressources humaines et financières.

Qu’en est-il du marché de l’intermédiation ? De mon point de vue, le marché des intermédiaires est moins sain, car il existe un nombre bien trop important d’acteurs. Il s’agit d’un marché extrêmement éclaté qui compte une quinzaine d’acteurs réalisant plus de 10 millions de dirhams de CA, et probablement autour de 1 500 acteurs qui font moins d’un million de dirhams. Cette dernière catégorie est bien trop importante et ses acteurs bien trop fragiles. La disposition récente introduite dans le projet de Loi de Finances 2018 (passage de la taxe sur les commissions d’intermé- diation de 14 à 20 % sans droit à déduction) risque de faire passer bon nombre de ces acteurs dans la précarité.

D’après vous, quel sera le prochain tournant de ce marché dans les années à venir ? La transformation digitale va amener à terme toutes les souscriptions simples à se faire en ligne. Les acteurs qui ne seront pas en mesure de suivre cette évolution technologique auront du mal à survivre. C’est le sens de l’histoire : peu à peu les freins vont disparaitre et la vente en ligne deviendra incontournable.

Aujourd’hui, quel regard portez-vous sur les assurances entreprises ? Globalement, les entreprises sont correctement assurées. Et elles le sont d’autant plus lorsqu’elles sont de taille importante. En revanche, nous pouvons mieux faire au niveau de la gestion des risques et de la prévention. Les entreprises gagneraient beaucoup à déployer de vraies politiques de prévention dans la durée : le risque assuré serait meilleur et la prime baisserait en conséquence.

Les risques contre lesquels se prémunir évoluent-ils ? Ils évoluent sans cesse. Historiquement, les premières assurances étaient des assurances maritimes. Elles sont longtemps restées prédominantes, puis les voitures sont arrivées. Depuis, l’assurance automobile a largement pris le dessus en termes de primes. Aujourd’hui, nous sommes sans doute à nouveau dans ce cas de figure, où le risque automobile devrait baisser, avec l’avènement des voitures autonomes, et d’autres risques devraient émerger.

Quels sont ces nouveaux risques ? Nous pouvons principalement citer les « cyber risks », c’est-à-dire les risques liés à l’exploitation des données. Aujourd’hui, les entreprises sont très vulnérables de ce point de vue : externalisation du stockage, piratage des systèmes d’information, vols de données, etc. Notre rôle est donc d’alerter nos clients sur ces nouveaux risques et de leur proposer des solutions adaptées. De même, nous pouvons citer les risques liés aux drones qui vont devenir de plus en plus importants. Certains prédisent que d’ici 10 ou 15 ans nous aurons des milliers d’appareils au-dessus de nos têtes. Dubaï teste actuellement des taxis-drones et des entreprises comme Amazon testent la livraison par drones. On n’en est peut-être pas encore là, mais il faudra se prémunir contre les risques générés par ces évolutions technologiques.

Vous venez de prendre la présidence du cabinet Belassur : quelles sont vos ambitions ? Allez-vous prochainement vous tourner vers le reste de l’Afrique ? Pour le moment, nous faisons notre petit bonhomme de chemin et grandissons à notre rythme en nous structurant. Nous avons des ambitions fortes au Maroc, mais aussi en Afrique. Nous avons des clients dans une dizaine de pays africains, au niveau de la réassurance, mais nous voulons d’abord consolider notre activité nationale avant de nous développer à l’international.

Propos recueillis par Thomas Brun - Journal Conjoncture de la CFCIM - Novembre 2017