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09
Avr
2018
Assurance: Pourquoi Lloyd’s parie sur le Maroc

Lloyd’s... tout un symbole. Il suffit de prononcer le mot pour dérouler trois siècles d’existence de ce qui est devenu l’une des marques les plus prestigieuses dans le monde de  l’assurance. Après avoir failli chavirer au début des années 90 à l’issue de pertes abyssales et quelques scandales, Lloyd’s reste aujourd’hui l’un des acteurs majeurs de la place financière de Londres, voire du marché international compte tenu de sa force de frappe considérable.

A l’occasion de son passage à Casablanca pour l’inauguration de son bureau à CFC, L’Economiste a rencontré sa présidente, Inga Beale. Dès son arrivée à la tête du groupe en 2013, la patronne de la maison londonienne qui compte une expérience de plus de 35 ans dans le secteur des assurances a engagé un vaste chantier de modernisation et de dématérialisation des process. Ses effets sont déjà perceptibles puisque les transactions avec les courtiers et les compagnies d’assurances commencent à se faire massivement par voie électronique. Entretien.

- L’Economiste: Vous venez d’inaugurer un bureau à la place de Casablanca (CFC), qu’est-ce qui vous attire sur le marché marocain?
- Inga Beale:
 C’est un marché en pleine croissance et nous avons intérêt à accompagner cette dynamique. C’est la raison pour laquelle nous saisissons cette occasion et percevons cette implantation comme une opportunité pour apporter notre savoir-faire. En revanche, j’insiste beaucoup sur notre modèle économique: nous travaillons exclusivement avec des acteurs locaux. Nous leur fournissons notre expertise et déléguons notre autorité de souscription à ces acteurs, qui peuvent l’offrir à nos partenaires locaux. Par ailleurs, nous opérons aussi dans la réassurance. Si des opportunités d’ouverture se présentent sur ce marché, nous les saisirons.

- Justement, quelle est votre appréciation du degré d’ouverture du marché marocain de l’assurance et réassurance?
- Notre expérience sur d’autres marchés nous montre qu’en cas de sinistre grave, un effet d’éviction financier se produit si le marché n’est pas assez ouvert. Pour le dire de manière triviale, l’argent ira ailleurs alors que le besoin peut se situer au niveau local. C’est la raison pour laquelle les efforts d’ouverture, ciblant particulièrement les acteurs locaux sont mobilisés et sont bénéfiques pour les marchés d’assurance et de réassurance.

- En dépit de ses ambitions, le Maroc n’attire pas beaucoup les flux financiers britanniques. Comment y remédier?
- C’est la raison pour laquelle nous envisageons cette opportunité. Pour Lloyd’s, le fait de s’implanter à CFC aura un effet entonnoir puisque quelques uns des 84 syndicats pourraient s’acheminer à partir du Maroc vers d’autres régions du continent.

- Les effets de la digitalisation ne sont pas suffisamment perceptibles sur les marchés de l’assurance et particulièrement le service qui est proposé aux assurés. Le bon vieux papier continue de résister pour les déclarations de sinistres par exemple…
- Il y a beaucoup de parallèles à faire avec le marché de Lloyd’s. Nous avons fonctionné pendant trois siècles sur papier. Lorsque j’ai rejoint le groupe, mon objectif, justement, était de moderniser les procédures. Nous avons investi massivement au cours de ces trois dernières années dans un programme de digitalisation. Aujourd’hui, nous avançons vers le sans-papier. Cette année, nous espérons que 30% de notre actif fera l’objet d’un traitement électronique et 80% dès la fin de l’année prochaine.

- Allez-vous en faire profiter le Maroc?
- Ce qu’on peut faire certainement, c’est peut-être partager l’expérience de la modernisation d’une des plus anciennes entreprises du secteur de l’assurance. Ce que j’ai compris de la législation actuelle marocaine, c’est que la police d’assurance continue d’être exigée. Ce qui n’est plus le cas dans le marché britannique. Nous avons mis en place un système, qui enregistre chaque étape et confirme que la couverture légale et juridique a été réalisée. Cette procédure s’appuie sur le même principe que la signature électronique. C’est ce qui a permis de faire avancer la digitalisation.

- En matière de cyber-sécurité, infrastructures, réseaux, blockchain… le digital a apporté une nouvelle matière assurable. Comment adaptez-vous votre offre en conséquence?
- Lloyd’s a toujours été avant-gardiste pour la couverture de nouveaux risques. Je rappelle que nous avons été le premier assureur à couvrir un avion. Notre modèle économique nous aide beaucoup. Le partage de risque entre les 84 syndicats membres du marché, nous permet de prendre à bras-le-corps ces nouveaux risques, même si parfois les statistiques et les chiffres sur le pricing n’existent pas encore.

- C’est tout de même un gros risque que vous prenez en matière d’actuariat…?
- Nous réduisons ce risque à travers des recherches qui nous permettent de comprendre l’agrégat d’exposition des événements que nous couvrons. L’une des dernières études que nous avons réalisée porte sur l’exposition des entreprises à tout ce qui a trait au Cloud. Concrètement, imaginons que les prestataires de services Cloud ne seraient pas en mesure de fournir leurs services aux clients pendant 3 jours, nous avons estimé que près de 12,4 millions d’entreprises seraient affectées pour le seul marché américain. C’est ce type de simulations qui permet d’atténuer notre exposition au risque et d’affiner nos grilles de tarifs.

 

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«Lloyd’s sera en mesure de fournir des solutions spécialisées pour une gamme de risques incluant les risques maritimes, aériens et autres risques» (Ph. Al Nasser)

- Pour les intermédiaires, mais aussi le grand public, Lloyd’s donne l’impression d’être une marque élitiste. Est-ce un positionnement voulu?
- Nous sommes en train de changer drastiquement cette image. Nous voulons être plus inclusifs en termes de nationalité et de genre… Ceci est absolument indispensable si nous voulons pérenniser notre longévité sur les 300 prochaines années (rires).

- L’année 2017 a connu une multiplication de catastrophes naturelles. Quel a été l’impact sur le portefeuille de Lloyd’s?
- Je précise que nous sommes l’un des plus gros assureurs de catastrophes naturelles dans le monde. Nous avons accusé une perte de 2,7 milliards de dollars en 2017. Harvey, Irma, Maria, les trois plus grands ouragans qui se sont abattus sur la planète l’an dernier, ont généré une perte nette pour le marché, avec une influence énorme sur le résultat de Lloyd’s. Les demandes d’indemnisation ont plus que doublé l’an dernier.

- Comment trouver le meilleur compromis entre l’actionnaire et le régulateur, en matière de dispositif prudentiel?
- Je rappelle que le marché européen est régi par le régime Solvency II. Je sais que le Maroc est en phase d’introduire un dispositif similaire, même s’il n’en porte pas le nom. Ce genre de compromis n’est pas toujours facile à trouver. Il ne dépend pas seulement des orientations en matière de politique d’investissement de l’assureur ou de ses actionnaires, mais aussi de ce qui est autorisé à faire en matière de classe d’actifs et du niveau de risque pris. Ce qu’il faut en revanche garder en tête, c’est que les impératifs de sécurisation de ces actifs doivent primer. Ne l’oublions pas, à la base, les montants investis appartiennent avant tout aux assurés qui versent leurs primes.

Propos recueillis par Modeste KOUAME & Mohamed BENABID

Le hub marocain

Le marché spécialisé a obtenu le statut CFC en 2017 et est représenté au Maroc par Salah El-Kadiri. Le 4 avril, il a inauguré son nouveau bureau pour l’Afrique francophone à Casa Finance City. Lloyd’s sera ainsi en mesure de fournir des solutions de risques spécialisés (maritimes, aériens et autres cyber-risques, catastrophes naturelles…). Le groupe britannique est le centre mondial de la cyber-assurance. Il est pionnier en matière de cyberpolices et ses souscripteurs experts continuent de repousser ses limites. «Nous avons assuré le premier avion, satellite…Et maintenant, nous sommes en première position sur les cyber-attaques», fait valoir Inga Beale, CEO de Lloyd’s.

                                                                       

Lloyd’s, un «marché»

Le Lloyd’s n’est pas une compagnie, mais un marché d’assurance constitué de 2.000 membres et de 84 syndicats. Le réseau a toujours compté dans son sillage des membres de l’aristocratie britannique, voire de la famille royale. Le modèle économique s’appuie d’ailleurs beaucoup sur un réseau de relations personnelles et une proximité entre le client souscripteur et le courtier.

Ce fonctionnement atypique et peu connu tient à l’histoire de la place de Londres où commerçants et armateurs prenaient l’habitude de se retrouver dans certains cafés, à la recherche de couvertures d’assurance aux meilleurs tarifs. De manière opérationnelle, chaque syndicat doit effectuer un apport, une sorte de fonds de garantie pour faire partie du «marché».

Le groupement pouvant au besoin apporter des fonds supplémentaires. Chaque syndicat délègue ensuite un souscripteur, l’underwriter dans le jargon britannique. Là aussi une distinction est à apporter. Il ne s’agit pas du souscripteur au sens classique de l’assurance, c’est-à-dire dans la plupart des cas, l’assuré (entreprise ou ses employés, ou individus), mais plutôt un courtier qui dispose d’une délégation de souscription.

Ce sont ces Lloyd’s brokers (courtiers) qui sont le point d’attache avec d’autres courtiers et leurs clients dans le monde. Ce fonctionnement donne beaucoup de souplesse puisqu’il permet de coller à la demande du client et de répondre à des besoins spécifiques, souvent des garanties innovantes pour des risques émergents (voir interview). Le groupe mobilise des fonds en provenance des 4 coins du monde.

Sous licence CFC, ses agents de gestion pourront désigner des coverholders (courtiers mandataires) et des sociétés de services établies dans le CFC pour souscrire des opérations d’assurance et réassurance marocaine et régionale en leur nom.

Jean Modeste KOUAME Mohamed BENABID - Edition N°:5246 - 06/04/2018 - L'ECONOMISTE