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Actualités
11
Avr
2018
Assurance: La menace peut venir de partout
  • Les insurtech bouleversent les codes, mais elles ne sont pas les seules
  • La technicité du métier n’est plus un rempart
  • «Le consommateur a besoin qu’on lui facilite la vie»
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Patrick Raffort, président de la Fédération française des garanties et assurances affinitaires: «Les insurtech obligent les acteurs traditionnels à produire des manières nouvelles de faire les choses. Il faut s’ouvrir, parler aux gens, prendre en compte la dimension humaine» (Ph. FFGAA)

Les innovations de rupture se multiplient et touchent tous les secteurs. L’assurance est doublement touchée puisque la révolution technologique impose de nouvelles manières d’apprécier le risque et de tarifer. Dans le même temps, les compagnies doivent abandonner certaines lourdeurs face aux changements des habitudes de consommation des assurés et la concurrence de nouveaux acteurs plus agiles et surtout qui n’ont peur de personne. Attention au syndrome de la téléphonie mobile!

- L’Economiste: Le modèle actuel de l’assurance serait-il vraiment en danger?
- Patrick Raffort: 
Les gens souhaitent consommer l’assurance différemment. Les nouveaux acteurs qui rentrent sur le marché simplifient les modèles, les produits... pour faciliter leurs usages. Les insurtech obligent les acteurs traditionnels à produire des manières nouvelles de faire les choses. Il faut s’ouvrir, parler aux gens, prendre en compte la dimension humaine. Les innovations qui ont le plus de succès sont surtout celles qui changent réellement la vie des gens. Nous sommes tous des consommateurs et nous avons plus ou moins besoin qu’on nous facilite la vie. Nous devons raccourcir le parcours client et aller vite dans l’acte de vente. Il faudra être le plus précis possible. Les grandes structures achètent ou multiplient les partenariats avec les startups. Mais parfois, elles perdent de vue que la disruption peut venir de n’importe où. Il faudra aussi arriver à changer l’image du secteur et créer un affect avec les usagers.

- Les compagnies ont-elles pris la mesure de ces enjeux?
- Pas toutes. Si elles veulent réellement sortir vainqueur de ce système, elles ont intérêt à créer des structures à côté. Souvent, l’intégration des startups au sein des groupes accélère leur disparition, parce qu’elles sont confrontées à de nombreuses contraintes, notamment réglementaires.
Par ailleurs, la notion de temps relationnel semble être encore négligée. Aujourd’hui tout s’accélère et nous avons intérêt à nous placer dans une logique intergénérationnelle. Nous menons actuellement une étude sur le comportement d’achat intergénérationnel. L’idée est d’identifier les moteurs de la consommation des jeunes de 15 ans à l’avenir.
 
- La technicité du métier est-elle toujours une barrière à l’entrée?
- C’est un argument qui n’est plus aussi solide qu’auparavant. L’intelligence artificielle change beaucoup de chose aujourd’hui. Nous avons enregistré des ruptures dans des domaines parfois bien plus complexes que l’assurance. Certes, il faut avoir une capacité financière robuste pour porter un risque. Mais, il ne sera pas forcément compliqué pour les insurtech de jouer le rôle des acteurs traditionnels si ces derniers ne s’adaptent pas.

- Les insurtech se plaignent parfois des lourdeurs réglementaires qui peuvent freiner l’innovation. Faites-vous le même constat?
- Il peut y avoir des freins réglementaires. Mais cela ne constitue pas toujours un facteur de blocage. Des innovations de rupture ont été enregistrées dans certaines activités alors même qu’elles pensaient être à l’abri à cause de la régulation. C’est le cas par exemple des taxis avec l’émergence de Uber et des sites de covoiturage ou même dans l’hôtellerie avec Airbnb.

L’Afrique, un laboratoire

Le taux de pénétration de l’assurance sur le continent demeure très faible. Même sur un marché comme le Maroc (2e en Afrique), les souscriptions aux assurances facultatives sont négligeables. Comme dans le secteur bancaire, de nombreuses expériences montrent qu’il est possible de développer l’assurance autrement que par les voies classiques. «Sur plein de sujets, l’Afrique est un laboratoire. Notre avenir business sociétal se situe aussi à ce niveau. Il y a beaucoup de choses à faire», observe Patrick Raffort, président de la Fédération française des garanties et des assurances affinitaires.

Propos recueillis par Franck FAGNON

Franck FAGNON - Edition N°:5247 - 09/04/2018 - L'ECONOMISTE