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24
Juil
2018
Fraude à l’assurance automobile: Tout l’écosystème gangrené
  • Intermédiaires, experts, gestionnaires, aides à l’assistance, garagistes, etc.
  • La fraude explique en partie la hausse des sinistres de 17%
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Source: Etude Roland Berger sur «L’augmentation de la fréquence des sinistres matériels automobiles»
La taille du parc par ville, l’âge du véhicule et du conducteur expliquent la fréquence des sinistres. L’effet parc jeune dans les grandes villes combiné à la taille du parc créent un environnement plus  favorable à la survenance des sinistres RC

Déclaration du même sinistre chez différents assureurs, souscription à des garanties annexes après la survenance du sinistre, fabrication des déclarations avec de faux adversaires, nouvelles déclarations de véhicules réformés en circulation… La fraude est endémique et explique en partie  la forte augmentation de la sinistralité de la branche automobile. 
Sur la période 2006-2016, la croissance de la sinistralité est de  17% en moyenne, dépassant la production de 4 points.  
«La fraude peut recouvrir différents volets en lien avec toutes les parties prenantes de l’écosystème: intermédiaires, experts, gestionnaires, aides à l’assistance, garagistes, etc.», souligne l’étude commanditée par la fédération des assurances au cabinet Roland Berger. Toute la chaîne serait touchée par le phénomène dont le coût financier n’a pas été estimé. Le plus alarmant est qu’il n’est pas maîtrisé. «Une lutte antifraude au stade zéro: non automatisée, limitée aux gros dossiers et dépendante du feeling des gestionnaires», s’étonnent les auteurs de l’étude. Pour lutter contre ce phénomène, Roland Berger recommande au secteur la mise en place d’une base commune des sinistres financée par les compagnies d’assurances avec des algorithmes de détection de fraude. 
Approchée selon le critère multirécidivisme ( un assuré est déclaré multirécividiste s’il a eu en moins d’une année au moins   3 sinistres chez la même compagnie ou au moins 5 chez plusieurs compagnies), la fraude a pris de l’ampleur. Le nombre de multirécidivistes a été multiplié par 8 entre 2006 et 2016. Ils représentent 21% des sinistres RC automobile et 9% des sinistres Tierce et dommages collision et Bris de glace. Ils sont présents à différents types d’indemnisation: rapide, procédure normale/classique… 
L’étude rend compte aussi de niveaux élevés de la multi-assurance: 4% du total des assurés en RC, 9% en garantie Tierce et dommages collision  et 7% au niveau Bris de glace.   Avec «le Check Auto Express»,  la fréquence de déclaration des sinistres s’est accrue à partir de 2009/2010. «L’accélération des circuits d’indemnisation a effectivement baissé la vigilance des compagnies d’assurances. Quand vous cherchez à payer un dossier en moins de 48 heures, vous ne vous laissez pas le temps de contrôler suffisamment la véracité du sinistre», souligne Bachir Baddou, directeur général de la Fédération des sociétés d’assurances et de réassurance (FMSAR).  Il ajoute que «pour freiner les sinistres frauduleux, il faut commencer à offrir les circuits rapides d’indemnisation uniquement pour les deux 1ers sinistres de l’année. Au bout du 3e, il faut que l’assuré passe par le parcours classique avec visite de l’expert et prise de photos avant et après réparation».
La hausse de la sinistralité automobile enregistrée au cours des dernières années a alerté le secteur. Elle pèse sur la rentabilité de cette branche qui a réalisé un chiffre d’affaires de 10,5 milliards de DH en 2017.  A la fédération des assurances, la piste d’un réajustement des tarifs est ouvertement mise en avant. «La hausse n’est pas à exclure à l’avenir si cette tendance se poursuit», déclare le directeur général.
L’étude s’est également attardée sur les facteurs qui expliquent la survenance des sinistres. L’évolution de la taille du parc (de 1,3 million  de véhicules en 2006 à 3,7 millions en 2016) s’est  accompagnée par une hausse de fréquence des sinistres dans les grandes villes: 10% pour la RC automobile à Casablanca contre 5% dans les villes de plus de 100.000 véhicules et  1% dans celles qui comptent moins de 10.000 véhicules. Vient ensuite le rajeunissement du parc. Les véhicules de moins 3 ans présentent une fréquence RC et garanties annexes supérieures à la moyenne respectivement de 2,6  et 2 points. L’âge des conducteurs joue aussi. Les jeunes présentent des fréquences de sinistres sur la  RC, Tierce et dommages collision et Bris de glace respectivement plus élevées que la moyenne nationale de 1,1 point, 9  et 4 points. Cette fréquence baisse avec l’âge des conducteurs:  elle passe par exemple en RC de 7,5% à 18 ans à 4%  à 70 ans.

Khadija MASMOUDI | Edition N°:5311 Le 10/07/2018 - L'ECONOMISTE