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Actualités
25
Juil
2018
Assurance auto: De grands chamboulements en route
  • Croisement des données des opérateurs, révision du bonus-malus, harmonisation des règles de contrôle...
  • Des mesures correctives pour ralentir la hausse des sinistres
  • +21% en moyenne sur la période 2011-2016
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Les sinistres gérés par les compagnies ont été multipliés par 7,4 en dix ans. Cette accélération est liée à l’augmentation du parc mais aussi à des pratiques frauduleuses, dénoncent les assureurs

Après avoir décrypté les conclusions de l’étude du cabinet Roland Berger sur les sinistres matériels (cf. L'Edition n°5311 du 10 juillet 2018) dans l’assurance automobile, les assureurs se préparent à déployer plusieurs mesures correctives avant la fin de l’année et en 2019.  Pour les automobilistes, il va falloir s’attendre peut-être à une révision à la hausse des primes. L’assurance automobile pèse 10,5 milliards de DH de primes soit 27% du chiffre d’affaires du secteur. Les sinistres gérés par les assureurs ont augmenté de 21% en moyenne sur la période 2011-2016. En dix ans, ils ont été multipliés par 7,4 à 393.000. Au-delà de la densité du parc automobile qui est l’un des facteurs explicatifs de l’augmentation de la fréquence des sinistres, «les compagnies ont beaucoup investi dans l’amélioration de l’expérience client ces dernières années avec les services d’assistance, l’aide à l’établissement du constat amiable ou encore l’indemnisation rapide, ce qui n’est pas sans influence sur le comportement des clients en termes de déclaration de sinistres», relève Abderrahim Dbich, directeur général adjoint des politiques techniques à AXA.

Cette poussée est aussi alimentée par la guerre tarifaire sur les garanties annexes et donc l’érosion des franchises. A ces facteurs s’ajoute la fraude qui s’est accélérée. Les opérateurs vont investir dans une base commune de sinistres avec un algorithme permettant la détection de la fraude. Elle sera déployée au 4e trimestre 2019 selon le planning arrêté. Le manque de coordination entre les assureurs est l’un des facteurs explicatifs de l’augmentation de la fraude. En attendant de croiser leurs données (ce qui sera une révolution culturelle), les compagnies  vont agir sur d’autres leviers pour contenir la fréquence des sinistres. Les règles de contrôle à la souscription et lors de la survenance d’un sinistre seront harmonisées. Des photos du véhicule à assurer pourraient être exigées lors de la souscription de garanties annexes pour notamment éviter d’assurer des véhicules sinistrés.

De même, en cas d’accident matériel, des images du véhicule accidenté et après réparation seront demandées. Il faudra tout de même trouver la bonne formule et ne pas généraliser la suspicion de fraude à l’ensemble des assurés. «Il sera très compliqué de généraliser cette pratique à l’ensemble des clients. L’exigence de photos va s’imposer à certains cas seulement», indique Dbich. D’ici le quatrième trimestre 2018, les compagnies d’assurances s’engagent à faire converger leurs standards en matière de gestion des sinistres (amélioration des contrôles sur les indemnisations rapides et vérification sur les réparations post-indemnisation).

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En dix ans, le parc automobile a pratiquement triplé à 3,7 millions de véhicules à fin 2016. La fréquence des accidents est plus élevée pour les véhicules de moins de dix ans. Casablanca est la ville où il est plus dangereux de conduire puisque la fréquence des sinistres y est deux fois supérieure à la moyenne nationale

Tout comme d’ailleurs l’instauration envisagée d’un prix plancher de la franchise à 2.500 DH. Il n’est pas sûr que cette proposition obtienne l’aval de l’Autorité de régulation (Acaps). Censé encourager les meilleurs conducteurs et dissuader les mauvais, le système de bonus-malus tel qu’il est appliqué aujourd’hui pourrait être plus efficace, relèvent les experts de Roland Berger. Aujourd’hui, les primes des garanties annexes sont hors périmètre du bonus-malus. Un assuré bénéficiera d’une réduction de 10% sur sa prime RC après 24 mois consécutifs si sa responsabilité n’est pas engagée dans un accident ou si elle l’est partiellement.

En revanche, sa prime sera majorée de 20% en cas de dégât matériel et 30% pour un sinistre corporel lorsque sa responsabilité est totalement ou partiellement engagée dans un accident dans une période de 12 mois. Le coefficient de majoration maximum est fixé à 2,5. Le malus disparaît et le coefficient de majoration est ramené à 1 après un an sans accident.

Ce dispositif ne récompense pas assez les bons conducteurs et les pénalise dès la survenance d’un sinistre et il est aussi peu dissuasif pour les mauvais comportements, relèvent les experts. Sur certains marchés plus matures, les décotes et les surcotes sont significatives. En Allemagne par exemple, il existe un système de notation allant de -2 à 17 niveaux. Le niveau d’entrée est fixé à 9, soit 100% de la prime. Pour chaque année sans accident, la notation recule d’un rang. Au niveau 1, la prime représentera 40% du montant initial. En revanche, pour tout sinistre, la notation de l’assuré monte de 3 niveaux.

En Autriche, la prime initiale peut diminuer de moitié pour les bons conducteurs et être multipliée par 2 pour les mauvais. Le référentiel marocain s’inspire beaucoup du modèle français mais les bonus sont limités et les malus moins dissuasifs. La profession devrait finaliser la réflexion sur un nouveau modèle d’ici septembre avec un possible déploiement du nouveau dispositif d’ici le 1er trimestre de l’année prochaine.

Franck FAGNON | Edition N°:5315 Le 16/07/2018 - L'ECONOMISTE