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Actualités
27
Avr
2012
Assurances: Zurich réaffirme ses ambitions pour le Maroc et vise le top 5 Entretien avec Martin Senn, CEO de Zurich Insurance Group

Le géant de l’assurance suisse Zurich,  c’est 4,3 milliards de dollars de bénéfice d’exploitation. Un poids qui en en fait le 5e groupe au niveau mondial.
Sa filiale marocaine pèse quant à elle plus de 1 milliard de DH de CA et 4,4% de part de marché.
En dépit d’une volatilité des marchés de capitaux, l’assurance est toujours porteuse, estime Martin Senn, CEO du Groupe. Il était de passage récemment au siège de la filiale à Casablanca. Dans cet entretien, Senn souligne les enjeux de l’activité à la lumière de la crise internationale et des chantiers prudentiels.

 

- L’Economiste: Vous êtes un acteur privilégié de la finance et de l’épargne. Quelles sont les perspectives de sortie de crise au niveau mondial et au niveau européen?
- Martin Senn: Le pire est derrière nous, mais nous avons encore quelques défis auxquels nous allons être confrontés. Le premier est de poursuivre l’activité au moment où la croissance économique ralentit dans le monde. C’est particulièrement le cas en Europe. En revanche, dans les pays émergents, la croissance s’inscrit dans des niveaux plus durables. On considère cela comme un fait en tant que groupe et nous devons nous ajuster à ce contexte.
L’autre défi majeur que nous entrevoyons concerne les taux d’intérêt dont les niveaux sont extrêmement bas. C’est un défi majeur pour l’industrie de l’assurance, pour les industriels des fonds de pension et de prévention et pour quiconque veut épargner.
Il y a également la question de la grande volatilité des marchés des capitaux. Ce qui fait que vous avez sur les marchés financiers des grands risques avec des attentes de retour sur investissements très faibles. Enfin, en réponse à tous ces nombreux défis, nous avons une situation dans laquelle le secteur financier, aussi bien les assurances que les institutions financières, fait face à une réglementation très «pressante».
- En tant qu’assureur, justement, comment comptez-vous vous adapter à cette pression sur les marchés financiers?
- Dans le cas précis de Zurich, nous avons pu gérer les choses avec succès tout au long de la crise financière.  Au cours des dix dernières années, nous n’avons pas eu une seule situation, aucun trimestre où nous avons enregistré des pertes. Les résultats sont aussi bons que nous l’attendions. Ils ont été à la hauteur de nos attentes avec un niveau de solvabilité très fort si l’on tient compte des dividendes que nous avons pu verser ces dernières années. Il faut préciser que nous n’avons jamais consenti des investissements dans les secteurs que nous ne maîtrisons pas. Nous n’avons pas investi non plus quand les risques n’étaient pas bien mesurés. Notre politique ALM (Asset and Liability Management) nous a beaucoup aidés à cet égard. Nous ne prenons jamais des risques si nous ne pouvons pas réellement les absorber avec nos capitaux. Ce sont nos principes de base.

- Pourtant, l’asset management et l’assurance-vie ont été particulièrement secoués par la crise?
- Pour l’assurance-vie, en effet, que les taux d’intérêt soient si bas et la croissance économique faible font que la demande sur ce produit a baissé dans de nombreux pays. Il est vrai aussi que les différents changements dans l’environnement réglementaire et familial ont fait que les échanges de capitaux pour l’assurance-vie sont à la hausse. Du coup la rentabilité et la demande ont été très réduites ou presque inexistantes. Ceci dit, je dois préciser que dans le cas de Zurich, nous sommes dans une position relativement confortable. Nous sommes certes affectés, mais nous avons connu une relative résilience dans ce secteur.

- Quels sont les domaines où vous gagnez de l’argent. Dans la partie technique ou financière?
- Dans le cas de Zurich, la stratégie a été de faire des profits via les recettes techniques c’est-à-dire les activités liées à la souscription. Si vous proposez un produit donné dont les recettes dépendent des marchés des capitaux, ce n’est pas durable. Personne ne peut anticiper l’évolution des marchés des capitaux. C’est la raison pour laquelle nous sommes convaincus qu’il est essentiel d’en gérer l’activité sur la base de produits qui soient hautement compétitifs mais qui soient très indépendants des revenus des investissements. Tout autre «modèle d’affaire», «business model» n’est pas durable.

- Sur Solvency, le débat fait rage un peu partout dans le monde, mais ne semble pas tranché notamment sur le bon dosage à trouver entre ce qu’il faut provisionner et ce qu’il faut investir ou réserver aux actionnaires.
- En Europe, l’approche Solvency II est basée sur le risque économique. Nous pensons qu’il s’agit là de la bonne approche, du moins la plus équitable. Dans le cas de Zurich, nous avons gérés nos activités ces dernières années sur les bases de cette orientation. Et c’est la raison pour laquelle nous avons pu traverser la crise et la gérer. C’est aussi la raison pour laquelle nous ne pouvons que la soutenir, car nous avons pu constater que dans la situation de «stress» la plus extrême, ce dispositif aide la compagnie à rester résiliente (solvable).

- Comment s’est comportée la sinistralité en 2011 et quelles sont les prévisions pour les tarifs d’assurance ou de réassurance pour 2012?
- Pour nous, 2011 a été une année plutôt bonne. Je pense que c’est le cas pour le secteur de manière générale. Pourtant, cette année a connu des catastrophes naturelles majeures, notamment les sinistralités liées aux conditions climatiques et météorologiques qui ont été les plus élevées de ces dix dernières années. Le premier trimestre 2011, par exemple, a connu des inondations en Australie, un tremblement de terre en Nouvelle-Zélande et un accident nucléaire au Japon. Donc, une succession de catastrophes et ceci a naturellement coïncidé avec les taux d’intérêt bas, ce qui a eu pour conséquence d’induire à la hausse les primes de réassurance. Les primes de tremblement de terre ont connu une hausse naturelle. 

- Au Maroc, vous trainez toujours la réputation d’une petite compagnie. Est-ce que Zurich a besoin de grandir?
- Actuellement, Zurich doit nécessairement grandir pas uniquement au Maroc d’ailleurs, afin de répondre à toutes les exigences de nos parties prenantes. Pour le Maroc, je dois d’abord dire que je suis très content et très fier des réalisations de la compagnie lors des six dernières années. Nous avons aussi gagné des parts de marché. Nous avons accru notre rentabilité ainsi que notre niveau de satisfaction client. Dans cet environnement nous sommes une «petite perle» et nous voulons en faire un «grand bijou». Mais c’est une chose qui ne se fait pas du jour au lendemain, car cela implique un travail quotidien d’engagement. Notre plan est de décoller de la 6e position et d’intégrer le club des 5 plus grandes compagnies d’assurances au Maroc. Et je suis très optimiste quant à la réalisation de cet objectif.

- Des projets de croissance externes?
- En principe, nous devons adopter une stratégie globale qui va nous permettre de grandir dans le marché et de gagner plus de parts. Ce que je veux dire, c’est que la stratégie globale est de s’adapter et de croître avec le marché. Nous avons d’ores et déjà atteint cet objectif puisque nous progressons deux fois plus vite que la moyenne du marché. Une croissance rentable, ce qui est une trés bonne chose. En ce qui concerne les opportunités, s’il s’en présente à travers des accords de distribution, à travers des acquisitions ou des fusions, nous allons bien entendu les regarder de près. Et si elles répondent à nos attentes, nous les saisirons.



Propos recueillis par Ibn Abdeljalil Ahmed avec Mohamed BENABID - L´Economiste - Édition N° 3772 du 2012/04/27