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Actualités
28
Août
2011
ENTRETIEN AVEC MOHAMED CHIGUER «IL EST TEMPS QUE LES COMPAGNIES D'ASSURANCES S'IMPLIQUENT POUR SOUTENIR L'ACTION DE L'ETAT»
L'assurance agricole est un impératif pour sécuriser et stimuler l'investissement.
 
LE MATIN: Pourquoi une assurance agricole ?
MOHAMED CHIGUER: L'assurance agricole est plus que par le passé une nécessité pour faire face à des risques liés au changement climatique notamment à la sécheresse, devenue un phénomène récurrent, et à la volatilité des prix alimentaires, sur le plan international, due à la spéculation alimentée et soutenue par le Capital financier.Cela dit, l'importance de l'assurance agricole dans le cas marocain, s'explique par deux choses : Primo, l'agriculture occupe une place de choix dans l'économie locale en tant que principal levier de la croissance. Celle-ci est très volatile en raison de son niveau qui, en somme, est largement tributaire de la campagne agricole et partant des « caprices du ciel». Secundo, le Maroc recourt le plus souvent à l'importation des produits alimentaires et plus particulièrement aux céréales qui connaissent une véritable envolée des cours. Le Capital financier a su mettre à contribution le changement climatique (sécheresse) pour agir sur les prix de ces produits et les soumettre à une forte spéculation. Le Maroc, qui n'a pas réussi à mettre en place des alternatives pour affranchir la croissance de la pesanteur de l'agriculture, s'est trouvé dans une situation inédite puisqu'il doit faire face à la sécheresse devenue un phénomène structurel et à la spéculation qui alourdit la facture alimentaire et affecte, en conséquence, l'équilibre extérieur.

Si j'ai bien compris, l'assurance agricole est un moyen pour se prémunir et de la sécheresse et de la volatilité des prix des matières premières ? Dans une certaine mesure, oui. Mais l'assurance agricole reste, in fine, un simple palliatif. Il ne suffit pas de mettre en place ce mécanisme de couverture des risques qu'on vient de mentionner, il faut disposer d'une stratégie pour immuniser, si j'ose dire, notre agriculture.

Nous avons aujourd'hui une stratégie qui donne une vision, celle du Plan Maroc vert ?
Encore faudrait-il que ce plan s'intègre dans une stratégie globale et dans une vision partagée. Le talon d'Achille des stratégies sectorielles adoptées par les différents départements ministériels réside justement dans l'absence d'une vision et d'une stratégie globale. Cette absence rend la coordination problématique et génère, en conséquence, des coûts cachés supplémentaires. Il n'est pas exclu que le prochain gouvernement qui, je suppose, disposera d'une vision et d'une stratégie globale, sera amené à réajuster ou même à reprendre ces stratégies sectorielles pour les adapter à sa vision et les intégrer dans sa stratégie globale. Même l'assurance agricole dont il est question risque de subir des ajustements.

Pour quelles raisons ?
Si j'ai bien compris, l'assurance dont il est question est un mécanisme de mutualisation d'un ensemble de risques dont l'objectif est de réformer le système de garantie actuellement en vigueur qui a montré ses limites et de s'inscrire dans la démarche de la Banque Mondiale qui a annoncé la mise en place d'un «mécanisme de gestion de risques associés aux prix des produits agricoles». Ce mécanisme est une formule pour se prémunir contre la volatilité des prix. C'est aussi un instrument pour élargir l'accès au crédit. D'ailleurs les parties prenantes de l'assurance annoncée par le ministère sont celles-là même qui sont à l'origine du système de garantie en vigueur, à savoir la MAMDA, le CAM (Crédit agricole du Maroc) et bien entendu les départements ministériels concernés. La question que je me pose est la suivante : sommes-nous en présence d'une assurance agricole au sens propre du terme ou s'agit-il d'un système de garantie rénové ? Ce qui importe le plus est de disposer d'un mécanisme pertinent et efficace pour stimuler et sécuriser l'investissement et pallier les risques liés à la volatilité des prix. Comme disait l'autre, peut importe la couleur du chat l'essentiel c'est qu'il arrive à attraper les souris. Dans ce cadre, il serait souhaitable de compléter ce système de garantie par une assurance privée en particulier l'assurance sécheresse indexée. Il est temps que les compagnies d'assurances s'impliquent pour soutenir et compléter l'action de l'Etat.

Comment ?
Il existe une assurance indexée qui a fait ses preuves dans de nombreux pays et qui est de nature à appuyer les efforts entrepris par l'Etat.

Est-ce qu'on dispose actuellement de ce produit ?
Les experts du ministère connaissent certainement ce type de produits. Des chercheurs marocains se sont penchés sur cette question. Mon souhait est que le ministère appuie ce type d'initiative.


Par Farida Moha | LE MATIN - 28.08.2011