Le méga-deal Saham Finances-Sanlam chamboulera-t-il le marché marocain des assurances ? Si le titre Saham Assurance a été sanctionné vendredi dernier en Bourse (-9,97%), soit au lendemain de l'annonce de cette opération inédite de 1,05 milliard de dollars, plusieurs opérateurs sondés par «Le Matin-Éco» se félicitent de l’arrivée sur le marché marocain du mastodonte sud-africain Sanlam. Farid Bensaid, PDG du groupe AFMA, y voit un gage de confiance pour le Maroc qui se positionne de plus en plus en tant que plateforme de développement panafricain dans le secteur des assurances en particulier. «Cette opération ne va pas changer énormément de choses du point de vue économique, mais confirme l’image d’un Maroc qui attire davantage d'investisseurs en plus du fait que cette cession permettra des rentrées de devises», estime-t-il. Pour Bensaid, l’arrivée de Sanlam pourrait impacter positivement le marché si le groupe investit dans de nouvelles niches, le potentiel du marché marocain des assurances n’étant pas suffisamment exploité.

Pour l'agence de rating Standard & Poor's, il s’agit d’une opération stratégique pour le marché africain des assurances. «Les deux groupes figurent parmi les big players du continent. Sanlam aura désormais une présence plus importante en Afrique du Nord, de l’Ouest et de l’Est et au Moyen-Orient. Par ailleurs, l’expertise de Sanlam dans l’assurance-vie peut être bénéfique pour le marché marocain s’il propose des produits spécifiques sur ce segment», déclare au «Matin-Éco» depuis Londres, Ali Karakuyu, directeur de la notation Assurances chez S&P. Et c’est là où se situerait la valeur ajoutée que pourrait apporter Sanlam à l’un des marchés les plus mâtures d'Afrique du Nord, mais caractérisé par un très faible taux de pénétration. Ce dernier s'élève à 3,5% en 2016, avec 1,4% pour l’assurance vie et 2,1% pour la branche Non-vie. Avec un tel niveau, le Maroc occupe le 43e rang mondial, le premier au niveau du monde arabe et le 4e à l'échelle continentale après l’Afrique du Sud, la Namibie et l’Ile Maurice, selon le rapport d'activité 2016 de l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS).
«Le marché des assurances évolue timidement. Les Marocains ne consomment pas beaucoup et sont réticents, culturellement, à tout ce qui est assurance vie. On se souvient tous de l’arrivée au Maroc du leader mondial Allianz en reprenant Zurich Assurances Maroc. On a crié sur tous les toits qu’il y aurait un véritable chamboulement du marché. Un an et demi après son implantation, la configuration n'a pas changé», nous affirme un ex-responsable de la Fédération des assureurs et réassureurs ayant requis l'anonymat.

En 2016, et toujours selon l'ACAPS, Allianz Maroc pointe à la 10e place en termes de primes émises, avec une part de marché de 3,5% et 0,2% dans l'assurance vie. Un segment où le leader Wafa Assurance accapare pas moins de 28,3%. Selon ce même responsable, ce n’est pas l’arrivée d’un nouvel acteur qui révolutionnera le secteur, mais plutôt un investissement dans de nouveaux canaux et services ou dans de nouveaux modes de distribution. «Le segment qui serait le plus prometteur pour un nouvel intrant n'est autre que l’assurance Takaful qui présente des opportunités de pénétration beaucoup plus intéressantes», estime notre source.
Quoi qu’il en soit, si l’arrivée d’une troisième multinationale sur le marché marocain, après Axa et Allianz, ne reconfigure pas le marché à court terme, elle permettra toutefois de stimuler la concurrence et d'apporter une nouvelle expertise. «L’arrivée de Sanlam pourrait impacter positivement le marché marocain si le groupe propose de nouveaux services innovants, ce qui devrait engendrer une plus grande agressivité commerciale de la part des autres opérateurs. En revanche, les parts de marchés ne devront pas subir de changements majeurs. Ceci dit, quand une multinationale s’implante au Maroc, elle ne le fait pas directement, mais reprend une compagnie, car l’obtention de l'agrément auprès des autorités relève du parcours du combattant», nous explique une autre source opérant dans une multinationale. À l’en croire, d’autres deals stratégiques pourraient voir prochainement le jour. «Les opérations de ce genre confirment la bonne santé du secteur. Les rumeurs d’alliances ou de retrait circulent dans le milieu des affaires. Il se dit que l’homme d’affaires Adil Douiri, le patron du fonds d’investissement Mutandis, lorgne de très près ce marché, soit en reprenant un assureur soit en nouant un partenariat stratégique afin de proposer des offres adaptées en bancassurance pour CFG Bank», révèle notre source.

En tout cas, des alliances stratégiques seraient inévitables à l’avenir. Et pour cause, les réformes et autres mutations que devrait connaître le secteur, notamment l'entrée en vigueur de la directive Solvency II. Cette dernière pourrait pousser à des rapprochements les compagnies dont le ratio de solvabilité est faible.