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27
Sept
2014
Monte-Carlo : la réassurance mondiale en conclave

Assurance. Monte-Carlo accueille, du 13 au 18 Septembre, le plus grand événement de l’industrie mondiale de la réassurance. Cette traditionnelle rencontre rassemble, chaque année, plus de 2500 personnalités- assureurs, réassureurs, courtiers et agences de notation- de la planète. Si ce forum est l’occasion, pour ces acteurs, de mieux appréhender les grandes tendances de la réassurance mondiale et d’anticiper les conditions de renouvellement de leurs traités, il sera, pour nous, l’occasion de faire l’état des lieux de notre marché de la réassurance et de ses perspectives. par Abdelfettah ALAMI

S

i beaucoup de risques sont trop élevés en valeur pour pouvoir être souscrits ou conservés par un seul assureur en totalité, la réassurance est la principale technique utilisée par les assureurs pour diviser ces risques et mieux les répartir entre les capacités financières disponibles pour les assurer. C’est pour cela que la réassurance est définie, dans un langage simpliste, comme « l’assurance de l’assureur ». Pour ce faire, la société d’assurance qui se réassure, cède une partie des risques souscrits et les cotisations correspondantes en contrepartie de la participation de son réassureur dans le règlement de certains sinistres rentrant dans le cadre des traités de réassurance. De par ce système, le réassureur contribue au financement de l’activité des assureurs. 

Beaucoup de pays autorisent les réassureurs, même étrangers, à opérer sans aucun agrément. Cela facilite l’internationalisation des opérations des réassureurs et leur permet de remplir leur fonction essentielle dans les marchés d’assurances nationaux qui est de diviser les risques à l’échelle de la planète entière. Bien qu’il existe des réassureurs qui n’opèrent que dans un seul marché- ce qui est rare- l’activité de la réassurance est par nature internationale et tous les grands groupes de réassurance ont des portefeuilles provenant des principaux marchés mondiaux. D’ailleurs, pour beaucoup de réassureurs, la part des risques situés à l’étranger dépasse largement celle des risques situés dans le pays de leur siège social.

Le rappel de ces principes explique la présence massive de ces opérateurs dans cette 58eme édition du « Rendez-vous de Septembre ». Après quelques jours du traditionnel conclave dans la cité Monégasque consacrée aux rencontres entre assureurs et réassureurs et en fin des négociations feutrées qui sont la marque de fabrique de ce genre de forum, les différents partenaires mesureront la conjoncture présente à travers les niveaux de dégradation du marché et les facteurs qui peuvent redresser la barre. Dans ce contexte, les RDV de Monte-Carlo devraient avoir valeur de test. 

Tendances de la réassurance dans le monde

La réassurance dans le monde a fait preuve d’une forte capacité de résilience. Les grandes catastrophes des dernières années n’ont pas entamé les niveaux de capacité financière des réassureurs dont les fonds propres sont, aujourd’hui estimés à plus de 200 Mds $. Le volume mondial des primes de réassurance s’est établi, en 2013, à 240 Mds $ soit une progression de 4% par rapport à 2012. En évolution régulière, au courant des cinq dernières années, ce total a presque triplé en l’espace de 20 ans.

Principale caractéristique de ce marché, c’est la concentration importante même si l’on assiste à l’émergence de nouveaux petits concurrents d’horizons divers (Bermudes, Brésil, Inde, Corée du Sud, etc.). En effet, dix réassureurs monopolisent environ 60% du chiffre d’affaires mondial du secteur principalement tiré par les réassureurs européens .

Autre tendance et en même temps crainte des réassureurs, c’est leur capacité à faire face à la couverture des catastrophes naturelles qui requièrent davantage de fonds propres et ce, compte tenu des impacts prévisibles du changement climatique. La problématique, telle qu’elle a été soulignée par certains réassureurs lors du RDV de Monte-Carlo de l’année dernière, touche beaucoup plus ce qu’on appelle les « mini- Cat-Nat » (catastrophes naturelles), phénomènes dévastateurs mais difficiles à modéliser. Même si leur coût reste en deçà des capacités des réassureurs, le risque de cumul de la fréquence pourrait inquiéter. 

Ainsi en termes de statistiques, en 2012, 900 catastrophes naturelles ont été recensées, soit 80 de plus qu’en 2011. A priori, l’année 2013 poursuit cette tendance puisque le premier semestre 2013 étant le plus lourd de ces dix dernières années avec 466 sinistres majeurs. Seule consolation pour les réassureurs, leurs coûts économiques sont plus faibles. En raison de cela et au niveau mondial, l’année 2013 s’est avérée moins sévère que les précédentes en termes de catastrophes naturelles avec un coût de 125 Mds $, inférieur à la moyenne des dix dernières années (184 Mds $). L’Europe centrale et l’Allemagne ont été les plus touchées par ces phénomènes avec un volume des pertes assurées respectivement de 3 Mds $ et 3,7 Mds $.

Enfin, même si les agences de notation s’accordent pour juger que le marché de la réassurance reste encore solide en termes de solvabilité, elles sont unanimes sur le fait que le plus grand défi devrait provenir, en 2014, de l’environnement financier. Dans un contexte de morosité du marché financier international, la persistance des faibles taux d’intérêt va finir par entamer les bénéfices des réassureurs, situation exigeant une amélioration de la marge technique. Autre ombre au tableau qui rend difficile la satisfaction de cette exigence, est que les sociétés cédantes (les assureurs) font de plus en plus baisser les prix de la réassurance grâce à une concurrence exacerbée entre réassureurs. Ce constat sera vraisemblablement présent avec force lors de cette rencontre annuelle de Monte-Carlo.

Ainsi, la réduction des primes cédées et la concentration des acteurs amèneront les réassureurs à reconsidérer leur gamme de prestations en faveur des cédantes et à la diversifier. Comme l’avait souligné l’agence de notation Standard /Poors, lors du forum de l’année dernière à Monaco «seuls les réassureurs qui se sont diversifiés et ceux qui pourront se différencier en proposant une réelle valeur ajoutée pourront survivre ». 

Quel positionnement pour le marché marocain de la réassurance ?

Comparativement à plusieurs marchés, le secteur marocain de la réassurance occupe une place marginale si l’on observe le volume des primes cédées qui représentent, en 2012, à peine 2 783 M DH (la France, à titre d’exemple représente 7% du total mondial des primes cédées avec un total de 12,4 Mds d’Euros). Le solde de ces cessions continue de s’aggraver en faveur des réassureurs puisque le déficit enregistré dans les comptes de nos assureurs a atteint, en 2012, 836 M DH contre 764 M DH, en 2011.

Le nombre des réassureurs opérant sur le marché Marocain est actuellement de 26 dont 14 en provenance de l’Europe.

Dans ce schéma global, la Société Centrale de Réassurance ( SCR) , occupe une place stratégique. Créée en 1960 dans un objectif de consolider la capacité de rétention du marché Marocain et après avoir atteint l’âge de la maturité grâce à l’obligation légale d’imposer aux entreprises d’assurances marocaines de céder une partie de leur CA ( 10%) à la SCR et de les « inciter » de s’adresser de façon plus soutenue, à celle-ci, pour les cessions conventionnelles au point qu’elles aient atteint 50% dans tous les traités de réassurance . A cela, s’est ajoutée l’institution de la garantie de l’Etat en faveur de ces cessions.

Si ces «faveurs» ont permis au réassureur national de démarrer et de se développer, leur temps parait, aujourd’hui, révolu. Les accords de libre-échange conclus par le Maroc, avec les Etats-Unis d’Amérique ont mis fin à cette « rente » dont bénéficiait la SCR et qui représentait, à un moment donné, 50% de son CA.

Cette nouvelle donne poussera la SCR à se repositionner sur d’autres créneaux, d’abord en cherchant à compenser le CA perdu de la cession légale à partir de nouveaux accords commerciaux avec les compagnies marocaines ; ensuite en développant une stratégie à l’international, action déjà entamée avec l’ouverture de deux bureaux de représentation à l’étranger : l’un à Abidjan et l’autre à Dubaï et enfin, en tablant sur sa participation dans la couverture des risques catastrophiques dont le projet de loi est dans le circuit législatif.

Dernière donnée qui va changer la physionomie du marché marocain de la réassurance, est la naissance d’un nouvel opérateur national- la MAMDA-Ré, filiale de la Mutuelle Agricole Marocaine d’Assurances, qui risque de s’avérer un véritable concurrent de la SCR, même si les promoteurs du projet n’affichent pas officiellement cette ambition de viser l’aliment local.

En fait, le changement ne peut se concrétiser que si on garde à l’esprit une réalité évidente, c’est que la réassurance n’est pas seulement une question de capacité. Un réassureur doit détenir une expertise dans la connaissance des marchés et dans la gestion des risques.

26 septembre 2014 - Challenge.ma