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28
Nov
2017
Le secteur des assurances au Maroc Tout un potentiel à explorer

« Nous avons aujourd’hui une offre produits très élaborée »

Entretien avec Bachir Baddou, Directeur Général de la Fédération Marocaine des Sociétés d’Assurances et de Réassurance (FMSAR)

 

Conjoncture : Comment se porte le secteur de l’Assurance au Maroc ?

Bachir Baddou : Aujourd’hui, nous pouvons dire que notre secteur a, proportionnellement, une taille supé- rieure au reste de l’économie nationale. C’est d’ailleurs vrai pour tout le secteur financier, qui a fait un pas en avant très significatif.

A quoi sont dues ces bonnes dispositions ? Historiquement, les assureurs et les banquiers au Maroc ont toujours été en avance par rapport à l’ensemble des secteurs économiques. De plus, il faut souligner le rôle des opérateurs étrangers qui challengent depuis longtemps les opérateurs nationaux, en les poussant à être plus innovants et à demeurer en phase avec les grands marchés mondiaux. Ainsi, nous avons aujourd’hui une offre produits très élaborée, reconnue comme telle par nos amis arabes et africains qui viennent nous visiter.

Quels domaines peuvent être cités en exemples ? Nous sommes un modèle régional et continental en matière d’assurances automobiles. Par exemple, lorsqu’une personne a un accident, elle peut se diriger vers un centre d’expertise et ressortir directement avec un chèque si tout se passe bien ! Une telle efficacité est rare et plusieurs pays s’intéressent à notre système. De même, les assurances vie et les assurances de personnes en général ont connu un développement extrêmement soutenu. Là encore, nous faisons exception dans cette région du monde. Cela est essentiellement dû à une excellente coopération avec les réseaux bancaires.

Au contraire, quels sont les points faibles du secteur qui pourraient être améliorés ? Le taux de pénétration, qui est de l’ordre de 3,6 % du PIB, nous place au premier rang dans le monde arabe et parmi les premiers en Afrique, mais demeure faible au regard de ce qui existe dans les grandes nations industrialisées, où ce taux avoisine généralement les 10 %. Il y a donc encore énormément à faire.

Qu’est-ce qui freine le développement du marché et comment peut-on y remédier ? Il existe un frein essentiel qui est le pouvoir d’achat. Les assurances obligatoires sont évidemment souscrites, mais les autres sont perçues comme du confort et il reste beaucoup de progrès à faire ! Cela passe notamment par de la sensibilisation et de la vulgarisation auprès des populations. De plus, il faut également souligner que l’offre n’est pas toujours adaptée aux petits budgets. C’est pourquoi nous devons, à l’avenir, développer une stratégie spécifique à la frange de la population ayant de petits revenus. Aujourd’hui, le nombre de personnes assurées dans le cadre de la microassurance est estimé à 900 000 au Maroc. Autant dire qu’il reste, là aussi, beaucoup à faire.

Est-ce que ce constat est également valable chez les entreprises ? Il existe une vraie maturité chez les grandes entreprises : elles sont bien assurées et ne prennent pas de risques excessifs. Dans une moindre mesure, les PME s’assurent bien, mais les chefs d’entreprise se lancent parfois dans des calculs risqués en s’assurant à minima pour gagner sur la prime d’assurance. Par contre, on constate toujours beaucoup de lacunes chez les TPE auprès desquelles un vrai travail reste à faire. De même, nous nous intéressons aux professions à risques, car les Responsabilités Civiles professionnelles ne sont pas suffisamment développées au Maroc et il nous faudra nécessairement passer par des obligations d’assurance pour la protection des tiers.

Certaines entreprises sont parfois critiquées pour le manque de sécurité de leurs salariés : quel rôle peuvent jouer les assurances pour améliorer cela ? C’est un constat qui se retrouve surtout au niveau des accidents du travail. Les mesures de sécurité les plus élémentaires ne sont pas toujours respectées. Il y a quelques années, suite à l’incendie de l’usine de Rosamor, l’INCVT (Institut National des Conditions de Vie au Travail) a été créé, mais il n’y a pas eu vraiment de suite dans sa mise en œuvre.

Les différentes catastrophes naturelles qui font la une de l’actualité internationale nous rappellent l’importance de prendre en compte ce type de risques : comment le Maroc intègre-t-il cette dimension ? Le Maroc va être l’un des premiers pays d’Afrique et du monde arabe à mettre en place un dispositif de type catastrophe naturelle. Nous irons même plus loin, puisque, au-delà des grandes catastrophes naturelles, nous allons également couvrir les faits liés à l’homme tels que le terrorisme. C’est pour cela que nous parlons d’évènements catastrophiques et pas uniquement de catastrophes naturelles.

Aujourd’hui, où en est ce dispositif et comment va-t-il fonctionner ? La Loi est passée et les textes d’application sont en cours de finalisation. L’entrée en vigueur effective est prévue pour le 1er juillet 2018. Ainsi, les particuliers et les entreprises vont devoir s’assurer de manière obligatoire contre les évènements catastrophiques. En phase de démarrage, cela concernera les inondations, les tremblements de terre, les tsunamis et donc les faits liés à l’homme. Pour toucher le plus grand nombre, cette couverture va venir en complément sur tous les contrats existants.

Depuis plusieurs mois, de nombreux acteurs du secteur s’installent dans le reste de l’Afrique : quel regard portez-vous sur cette dynamique ? Effectivement, de plus en plus de compagnies déploient une politique africaine. Certaines accompagnent des réseaux bancaires qui font partie du même groupe, et d’autres décident d’investir dans différents pays pour consolider leur présence sur le continent. Toutes estiment que leur avenir passe par le continent africain. Ces acteurs ont atteint une certaine taille et ils doivent s’internationaliser pour grandir. Actuellement, les compagnies marocaines sont présentes dans plus de 25 pays d’Afrique.

Quel lien entretient la FMSAR avec l’OAA (Organisation Africaine des Assurances), que vous pré- sidiez il y a encore quelques mois ? Nous menons beaucoup d’actions avec l’OAA pour faciliter les échanges entre le Maroc et le reste du continent. Par exemple, nous avons signé une dizaine de conventions d’accompagnement, de transferts de savoir-faire et de formation avec des pays tels que la Côte d’Ivoire, le Sénégal, la Tunisie, le Ghana, le Burkina, etc. Ainsi, sous l’égide de notre Fédération, des experts marocains animent des séminaires et des conférences dans différents pays africains. Cette démarche s’inscrit dans la politique de Sa Majesté le Roi que Dieu l’assiste.

Propos recueillis par Thomas Brun - Journal Conjoncture de la CFCIM - Nov 2017