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10
Mai
2012
Dossier ACTUARIAT: Entretien avec Mohamed Larbi Nali, directeur général-adjoint de la Société centrale de réassurance (scr)

«L’actuaire, un ingénieur des risques qui a un rôle d’intérêt public»

Le Matin : Quelles sont les missions de l’Association des actuaires qui s’est réunie la semaine dernière à Casablanca ?
Mohamed Larbi Nali : L’Association marocaine des actuaires (AMA) a été créée en 1998 et ses missions principales consistent à promouvoir la connaissance de la science actuarielle appliquée à des domaines comme l’assurance, la réassurance, la retraite et la prévoyance qui est son champ de prédilection, mais également dans les autres activités financières comme la banque et la bourse. Elle a également comme objectifs de favoriser l’application des normes pratiques de compétence conformes au standing international et aux réalités nationales du  Maroc. Dans ce sens, l’association, à travers sa mise  à niveau en  conformité avec les exigences de l’association internationale des actuaires IAA (instance suprême qui est la référence mondiale en matière de la reconnaissance et de la régulation de la discipline actuarielle), est d’ores et déjà un membre titulaire dans le club restreint de cette association. Sur le volet de la formation, l’AMA contribue également à encadrer les étudiants en actuariat (mémoires, travaux de recherche, séminaires) et surtout à soutenir et à cadrer les formations en sciences actuarielles dans notre pays, à travers notamment son regard attentif sur les modules enseignés qui doivent répondre aux exigences de l’IAA. À titre d’illustration, l’AMA siège au conseil d’établissement de l’INSEA. Aussi, convient-il de préciser que l’un des rôles fondamentaux de notre association est celui de fournir des opinions et des avis d’intérêt public et général en toute indépendance par rapport aux institutions et aux opérateurs de l’environnement dans lequel ils exercent, et ce, à l’instar des autres associations dans d’autres pays réputés pour l’importance de l’avis des actuaires sur des questions comme la pérennité des régimes de retraite et les questions liées à la solvabilité.

Concernant les actuaires,  combien sont-ils au Maroc,  dans quels métiers ?
Aujourd’hui, l’AMA compte près de 200 actuaires, lauréats des diverses universités et écoles d’actuariat dans le monde, en plus de ceux issus de l’INSEA de Rabat. Avec ce nombre d’actuaires, l’AMA est le premier groupement des actuaires dans la région MENA et le deuxième à l’échelon du continent africain,  après l’Afrique du Sud. En Effet , le Maroc, en l’occurrence le secteur des assurances et de la retraite, a dès le début des années soixante-dix pris conscience de l’importance stratégique de ce métier dans la modélisation des risques aléatoires combinés aux lois de Finances, dans l’évaluation des passifs, des engagements pris à l’égard des assurés par les assureurs et les organismes de retraite et de prévoyance.
Dès 1972, on enregistre le lancement de la première formation actuarielle à l’INSEA  et qui aujourd’hui est devenue une formation permanente. Cet intérêt s’est manifesté également au niveau des étudiants marocains à l’étranger qui n’ont pas hésité à opter pour des études en actuariat très peu connues et qui ne sont enseignées que dans des universités européennes et nord-américaines spécialisées.

Beaucoup méconnaissent les activités et le rôle des actuaires ? Qu’est-ce qu’un actuaire ? Un métier, une qualification ?
Un actuaire est un ingénieur de risque, il utilise les techniques des mathématiques, de la finance pour modéliser des scénarios futurs tels que la durée de la vie humaine ou des catastrophes comme les tremblements de terre et des sinistres technologiques. C’est d’abord une formation de haut niveau dans les mathématiques appliquées aux phénomènes aléatoires et financières, dans la théorie de ruine, dans le Risk Management, sans oublier les cours approfondis de droit, d’économie, de la comptabilité et de l’analyse financière. C’est aussi un métier qui s’exerce en grande partie dans les compagnies d’assurance et de réassurance, dans les caisses de retraite et dans les autorités de contrôle et de régulation. Mais on le trouve également dans les banques et les sociétés d’actifs, sans oublier qu’une bonne partie opte pour le métier de conseil. Dernièrement, on a constaté également l’intérêt des grands groupes industriels et financiers à faire appel aux actuaires en tant que risk manager pour l’optimisation de leurs risques et la gestion du passif social. Néanmoins, en pratique et au fil du temps, un actuaire se spécialise et devient qualifié dans son métier pour devenir un actuaire vie, un actuaire non-vie, un actuaire Reserving (provisionnement) ou encore un actuaire ALM ( Gestion Actif Passif). Cette qualification est assujettie à un certain nombre d’années d’expérience et parfois conditionnée par la réussite d’un certain nombre de modules supplémentaires comme c’est le cas au Canada.

Quelle différence y a-t-il entre l’actuariat, l’audit et le métier de gestionnaire ?
En pratique, on retrouve également les actuaires dans l’exercice des fonctions de l’audit, du gestionnaire et même du commercial. L’inverse est moins évident, du fait qu’un actuaire est d’abord une formation. Cependant, beaucoup d’autres métiers comme auditeurs et autres sont de plus en plus familiarisés avec les techniques actuarielles, surtout si leur formation de base est d’un bon niveau en mathématiques et finance. Sur le plan des normes professionnelles et de leurs missions, ils diffèrent notablement en termes d’hypothèses et de procédures de travail. N’oublions pas qu’un actuaire a aussi un rôle d’intérêt public et doit disposer d’une attitude d’indépendance et reste également très responsable vis-à-vis des chiffres issus des  modèles élaborés pour la suffisance des réserves, de la solvabilité et de la pérennité des régimes.

Au moment où l’on met l’accent sur la gouvernance, quelles sont les valeurs des actuaires ?
L’actuaire veille à appliquer les normes professionnelles de haut niveau qui sont à la fois saines et réalistes. Il doit également témoigner d’une intégrité et des valeurs morales irréprochables. Son sens de responsabilité et d’indépendance de son opinion doit prévaloir par rapport à ses liens professionnels ou à ses ambitions internes de carrière.

Aux États-Unis, en Australie et en Suisse on assiste à la naissance de «l’Apointed Actuary», l’actuaire indépendant et responsable. Quel sens faut-il donner à cette inflexion ?
Effectivement, la fonction d’« Apointed Actuary » appelée aussi « actuaire désigné » commence à devenir une exigence réglementaire dans la plupart des pays développés. Les sociétés d’assurance doivent désigner un actuaire et en aviser les autorités de contrôle et de régulation. Ses principales attributions sont d’évaluer les engagements actuariels conformes à la pratique généralement reconnue. Le rapport de l’actuaire désigné inclus à l’état financier annuel doit émettre l’opinion sur le passif des polices et expliciter la sélection d’hypothèses et des méthodes appropriées  En outre, l’actuaire doit préparer à l’assemblée annuelle de la société un rapport d’évaluation du passif à l’intention des actionnaires et des assurés ainsi que son avis sur toute question qui, selon lui, affecte de manière significative la situation financière de la société et nécessite un redressement. Les qualités requises pour cette fonction sont souvent celles exigeant une expérience pratique pertinente dans l’évaluation des provisions techniques d’une société d’assurance, une bonne connaissance des normes de pratique de l’association actuarielle du pays considéré, des lois et des règlements, ainsi que la poursuite du perfectionnement professionnel permanent.

Quel est l’avenir du métier de l’actuariat au Maroc, dans un moment de très forte évolution de l’environnement ?
Comme par ailleurs, le métier de l’actuaire prend de plus en plus d’ampleur en importance dans tous les domaines liés aux risques. À titre d’illustration, la plupart des compagnies d’assurance et des caisses de retraite disposent aujourd’hui en moyenne de huit actuaires. Ce qui est très appréciable. Ils sont généralement employés dans les directions d’actuariat dans les services de réassurance, mais aussi en tant que profil technico-commercial en assurance-vie.
Cependant, au regard de l’évolution du cadre réglementaire en matière de l’exigence du contrôle interne et la gestion Actif Passif, le métier de l’actuaire est en train d’évoluer dans notre pays et ailleurs de par son rôle renforcé dans la plupart des règles prudentielles pour ne citer que celui relatif à la solvabilité et aux normes IFRS.
Tout cela nous invite aujourd’hui à mettre en place très rapidement le cadre futur de cette pratique actuarielle dans notre pays. Dans ce sens, nous sommes en train d’œuvrer en large collaboration avec les autorités de tutelle pour que notre association s’érige en véritable corps d’actuaires. C’est également un projet notifié dans le contrat-programme signé dernièrement entre les pouvoirs publics et la Fédération marocaine des sociétés d’assurance et de réassurance (FMSAR). Mais le vrai défi auquel on sera confronté avec acuité est celui d’adapter les formations principales aux domaines de la solvabilité, de l’Asset liability Management, de l’allocation du capital, de la théorie des événements exceptionnels et de mettre en place des cycles de perfectionnement permanents.

Dernièrement, vous avez organisé une conférence-débat sur « Le rôle de l’actuaire dans les institutions financières », quelles en sont les grandes recommandations ?
Cette conférence organisée avec l’institut CDG  s’est déroulée dans un espace de réflexion et de débats et qui illustre en effet l’esprit de collaboration, d’ouverture et de promotion de l’institut CDG sur des métiers peu connus du grand public. Cette journée coïncidait également avec la tenue de l’assemblée générale ordinaire de l’AMA. M. Amrani, DG de la BMCI ainsi que M. Ftouhi, directeur à Atlanta Sanad ont successivement mis en exergue la nécessite d’œuvrer pour que le rôle grandissant de la fonction actuarielle aussi bien dans le secteur bancaire que dans l’industrie d’assurance devienne plus réglementaire avec des normes professionnelles de qualité. Une conclusion qui n’a pas été contredite par Mme Kherbach de la DAPS et M. Zerrei de Fidaroc en leurs qualités respectives d’autorité de contrôle et de commissaire aux comptes.

Aussi, cette rencontre a été l’occasion pour les membres de l’association de discuter de la nécessité d’activer la mise en place des commissions techniques destinées à formuler des avis d’intérêt public sur les questions pertinentes intéressant directement ou indirectement le citoyen marocain.

10 Mai 2012 - Propos recueillis par Farida Moha, LE MATIN