La Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) franchit une nouvelle étape dans la réorganisation de son réseau de soins. Son Conseil d’administration a approuvé la création d’une filiale spécifiquement chargée de la gestion des polycliniques. L’objectif est de doter ces établissements d’un cadre de gouvernance propre, tout en séparant plus clairement l’activité de soins des missions de la CNSS liées à la gestion de l’Assurance maladie obligatoire (AMO). La réforme ne prévoit toutefois ni cession ni privatisation des polycliniques.
La gestion des polycliniques de la CNSS va connaître une importante évolution organisationnelle. Réuni le 3 septembre 2026, sous la présidence de Nadia Fettah, ministre de l’Économie et des Finances, le Conseil d’administration de la Caisse a approuvé la mise en place d’une filiale dédiée à ces établissements de santé.
La décision intervient dans un contexte de transformation plus large de la CNSS, dont les missions se sont considérablement développées avec l’extension de la protection sociale et de l’AMO.
Séparer la gestion des soins de celle de l’AMO
Selon les informations rapportées par Al Ahdath Al Maghribia et reprises dans plusieurs revues de presse, la création de cette structure vise à instaurer un cadre juridique et un dispositif de gouvernance spécifiques aux polycliniques.
L’enjeu est notamment d’établir une séparation plus nette entre, d’une part, les activités médicales exercées à travers les polycliniques et, d’autre part, la mission de gestionnaire du régime d’assurance maladie obligatoire assumée par la CNSS.
Cette évolution doit ainsi permettre de confier le pilotage opérationnel des établissements à une structure disposant de ses propres organes de gestion et davantage adaptée aux particularités d’une activité hospitalière. Le360 précise que le processus de création de cette filiale avait déjà été engagé auparavant, mais que sa mise en œuvre restait notamment conditionnée à l’approbation du Conseil d’administration.
Les polycliniques restent dans le périmètre de la CNSS
La création d’une société distincte pourrait soulever des interrogations sur l’avenir du réseau médical. Les informations disponibles écartent toutefois l’hypothèse d’une privatisation.
Une source syndicale citée par Al Ahdath Al Maghribia indique que cette réorganisation ne signifie ni l’abandon de la propriété des établissements ni leur privatisation. Elle serait destinée à améliorer leur fonctionnement, leurs performances et la qualité des prestations proposées aux patients.
Le360 rapporte également que les polycliniques doivent demeurer dans le périmètre semi-public et sous l’égide de la CNSS.
Il s’agit donc davantage d’une évolution du modèle de gouvernance que d’un changement de propriétaire.
Améliorer les performances du réseau de soins
La création de la filiale intervient également sur fond de difficultés historiques concernant le fonctionnement économique et les capacités d’investissement du réseau.
Selon Le360, les polycliniques connaissent depuis plusieurs années un déficit structurel et leur restructuration nécessite un cadre de gestion spécifique. Le média rappelle également que le Conseil économique, social et environnemental avait précédemment relevé une diminution des financements consacrés aux unités médicales de la Caisse, ayant contribué à freiner le développement du réseau.
La filialisation peut ainsi offrir davantage de lisibilité dans le pilotage des établissements, avec une gouvernance spécifiquement tournée vers les problématiques médicales, hospitalières, financières et opérationnelles.
L’enjeu sera désormais de déterminer comment cette nouvelle organisation se traduira concrètement sur la qualité des soins, les investissements, les ressources humaines et l’équilibre financier des établissements.
Une réforme qui accompagne la montée en puissance de la CNSS
Cette réorganisation intervient alors que la CNSS gère désormais un périmètre particulièrement important de la protection sociale marocaine.
En 2025, le nombre de salariés déclarés à la Caisse a atteint 4,24 millions, en progression de 4 %. La masse salariale déclarée s’est élevée à 244,84 milliards de dirhams, contre 222,51 milliards en 2024. Les cotisations dues ont parallèlement progressé de 9 %, à 36,46 milliards de dirhams.
Du côté de l’assurance maladie, la CNSS comptabilisait 25,08 millions de bénéficiaires de l’AMO en 2025, illustrant l’ampleur prise par ses responsabilités dans le système national de protection sociale.
Dans ce contexte, distinguer plus clairement les fonctions de gestion de l’assurance maladie et celles liées directement à la fourniture de soins apparaît comme un chantier important de gouvernance.
Une deuxième filiale consacrée à la transformation digitale
La réforme des polycliniques n’est d’ailleurs pas la seule décision structurelle prise par le Conseil d’administration.
La CNSS a également approuvé la création d’une deuxième filiale consacrée à l’accélération de sa transformation digitale, parallèlement au renforcement de la sécurité de ses systèmes d’information.
Selon les informations recueillies par Le360, cette « Digital Factory » doit notamment contribuer au développement et à l’évolution des solutions numériques de la Caisse, aussi bien pour ses besoins internes que pour les services destinés aux assurés et aux autres usagers. La cybersécurité doit cependant rester gérée séparément par les structures dédiées de la CNSS.
Ces deux filiales répondent ainsi à deux transformations parallèles : moderniser les services numériques de la CNSS et professionnaliser davantage la gouvernance de son activité de soins.
Une nouvelle étape dans la modernisation de la protection sociale
La création d’une structure exclusivement consacrée aux polycliniques pourrait constituer une étape importante dans l’évolution du modèle de la CNSS.
Avec la généralisation de la protection sociale, la Caisse se trouve aujourd’hui au centre d’un système couvrant plusieurs dizaines de millions de bénéficiaires. Cette montée en puissance rend d’autant plus importante la clarification des responsabilités entre gestion de l’assurance, fourniture des soins et gouvernance des établissements médicaux.
La réussite de cette nouvelle organisation se mesurera toutefois dans sa mise en œuvre : capacité de la filiale à améliorer les performances des polycliniques, investissements réalisés, qualité des prestations et amélioration effective du service rendu aux patients.
La décision du Conseil d’administration ouvre ainsi une nouvelle phase pour les polycliniques de la CNSS : une gestion davantage spécialisée, tout en maintenant les établissements dans le giron de la Caisse.
Par la Rédaction de 212 Assurances – 7 Septembre 2026

