Avec 30,4 % de la distribution de l’assurance au Maroc, les courtiers occupent une place centrale dans le marché national. Pourtant, leur métier reste confronté à de profondes mutations : digitalisation, montée des risques complexes, évolution du conseil et concurrence des autres canaux de distribution. Un constat récemment mis en lumière par Challenge, qui s’interroge sur la place encore sous-estimée du courtage dans l’écosystème assurantiel marocain.
Le courtage représente 30,4 % de la distribution
Le poids du courtage apparaît clairement dans les statistiques du marché.
Selon les données de l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS), les courtiers représentaient 30,4 % de la distribution de l’assurance au Maroc en 2024.
Ils se positionnent ainsi juste derrière la bancassurance, qui concentrait 31,9 % du marché avec 20,5 milliards de dirhams de primes collectées.
L’écart entre les deux canaux n’est donc que de 1,5 point.
La comparaison doit toutefois être nuancée par la structure de leurs activités. La bancassurance demeure extrêmement concentrée sur la Vie et la capitalisation : ces deux activités ont représenté 19,7 milliards de dirhams, soit 96,1 % de sa collecte en 2024.
Le courtage intervient, pour sa part, sur un spectre beaucoup plus large de risques et conserve notamment une fonction importante auprès des entreprises.
Plus de 600 courtiers au Maroc
Au 31 mars 2026, le réseau marocain comptait 603 courtiers, aux côtés de 1.859 agents d’assurances.
Au-delà de leur nombre, c’est surtout la fonction du courtier qui distingue ce canal de distribution.
Comme le souligne également Challenge dans une analyse consacrée au secteur, le métier ne se limite plus à mettre en relation une entreprise ou un particulier avec une compagnie d’assurance.
L’analyse du risque, la recherche des garanties adaptées, la négociation des conditions de couverture ou encore l’accompagnement lors des sinistres prennent une importance particulière lorsque les risques deviennent plus complexes.
Cette dimension devient particulièrement visible dans l’assurance des entreprises et des grands projets.
Les risques techniques bondissent de 86,9 %
La montée des investissements et des grands chantiers au Maroc constitue justement une nouvelle source d’activité pour l’écosystème assurantiel.
Les chiffres de l’ACAPS sont particulièrement révélateurs.
En 2025, les primes des risques techniques ont progressé de 86,9 %, pour atteindre 711,4 millions de dirhams.
Selon le régulateur, cette forte croissance a notamment été portée par le développement des assurances Tous Risques Chantier (TRC) et de la responsabilité civile décennale, dans un contexte de montée en charge des grands projets d’infrastructure nationaux.
Cette évolution pourrait renforcer la place des intermédiaires disposant d’une expertise dans les risques complexes.
Assurer un grand chantier, un équipement industriel ou une infrastructure nécessite en effet une analyse sensiblement différente de celle d’un produit d’assurance standardisé.
Le courtier peut alors intervenir en amont dans l’analyse du risque, la structuration de la couverture et la négociation avec les assureurs et, lorsque cela est nécessaire, dans des montages faisant intervenir la réassurance.
Un marché du courtage à plusieurs vitesses
Cette montée en technicité ne concerne cependant pas tous les cabinets de la même manière.
Le secteur reste composé de structures très différentes, allant de cabinets importants disposant d’équipes spécialisées à de petites structures dont les moyens humains et technologiques sont beaucoup plus limités.
Dans son analyse du courtage marocain, Challenge met justement en avant cette différence de structuration entre les acteurs du marché.
Cette situation pose une question centrale : comment permettre à l’ensemble de la profession d’accompagner la transformation du marché de l’assurance ?
La réponse passe notamment par la formation, l’organisation des cabinets et leur capacité à investir dans les nouveaux outils.
La digitalisation devient un enjeu stratégique
La transformation numérique constitue probablement l’un des principaux défis des prochaines années.
Gestion électronique des documents, automatisation des tâches administratives, relation client à distance, interconnexion avec les systèmes des compagnies, analyse des données ou encore intelligence artificielle commencent progressivement à transformer le fonctionnement des cabinets.
Pour les courtiers, l’objectif ne consiste toutefois pas uniquement à adopter davantage de technologies.
La digitalisation peut surtout permettre d’automatiser une partie des opérations à faible valeur ajoutée afin de consacrer davantage de ressources au conseil, à l’analyse des risques et à la relation avec les clients.
L’intelligence artificielle pourrait également intervenir dans l’analyse documentaire, la comparaison des garanties, la détection d’anomalies ou la préparation de certains dossiers.
La technologie ne supprimerait alors pas nécessairement l’intermédiation : elle pourrait en déplacer la valeur vers les fonctions nécessitant davantage d’expertise.
Le conseil au cœur du courtage de demain
Cette évolution soulève une autre question : celle de la valeur économique du conseil.
Sur les risques les plus complexes, le travail réalisé avant même la souscription peut devenir considérable : analyse de l’activité de l’entreprise, identification des expositions, évaluation des garanties existantes et recherche de solutions auprès du marché.
Plus les risques deviennent complexes, plus cette expertise peut prendre de l’importance.
Cyberrisques, événements climatiques, infrastructures, responsabilité des dirigeants, pertes d’exploitation ou encore risques industriels élargissent progressivement les besoins des entreprises.
Le métier pourrait ainsi évoluer d’une logique principalement centrée sur la distribution vers une fonction plus large de conseil et d’accompagnement du risque.
Une réforme de la distribution très attendue
Cette transformation intervient également alors que le cadre réglementaire de la distribution d’assurance est appelé à évoluer.
La réforme du Livre IV du Code des assurances, consacré notamment à la présentation des opérations d’assurance et à l’intermédiation, constitue à ce titre un chantier particulièrement suivi par la profession.
Digitalisation de la distribution, exigences professionnelles, organisation de la profession et adaptation du cadre aux nouveaux modèles constituent autant de sujets susceptibles de modifier progressivement le fonctionnement du marché.
Pour les courtiers, l’enjeu sera de transformer cette évolution réglementaire et technologique en opportunité de montée en compétence.
Du rôle d’intermédiaire à celui d’expert du risque
Avec 30,4 % de la distribution, plus de 600 cabinets et une présence importante dans l’assurance des entreprises, le courtage demeure l’un des piliers du marché marocain de l’assurance.
Mais son avenir pourrait dépendre moins du nombre de contrats distribués que de sa capacité à renforcer sa valeur ajoutée.
La progression spectaculaire des risques techniques, la digitalisation des processus et l’apparition de nouvelles catégories de risques renforcent progressivement le besoin d’expertise.
Le courtier de demain pourrait ainsi être moins défini par son rôle d’intermédiaire que par sa capacité à comprendre, structurer et accompagner le risque.
Une transformation qui pourrait devenir l’un des grands enjeux de l’intermédiation d’assurance au Maroc au cours des prochaines années.
Source : article « Le paradoxe du courtage marocain : indispensable mais sous-estimé », publié par Challenge le 23 septembre 2026. Données statistiques complétées et vérifiées à partir des publications de l’ACAPS.
212assurances | Le portail de l’assurance et de la réassurance au Maroc – 24 septembre 2026

