Protection sociale : quel rôle pour l’actuariat ?

Abderrahim Chaffai, directeur du Fonds de solidarité contre les événements catastrophiques, et Mohamed Amrani, président de l’Association marocaine des actuaires, ont représenté le Maroc au premier colloque de l’actuariat francophone. Tour à tour, ils ont établi un diagnostic du système de retraite marocain et l’expérience du fonds dirigé par Chaffai.

Abderrahim Chaffai, directeur du Fonds de solidarité contre les événements catastrophiques (FSEC), a rappelé lors de cet événement que le Maroc est exposé à des risques géologiques et climatiques avec un niveau moyen. Ceci se traduit pour le Royaume par une perte annuelle moyenne due aux catastrophes naturelles de plus de 8 Mds de DH, soit 0,8% du PIB du Maroc. Les inondations causent des pertes estimées à plus de 4 Mds de DH chaque année. Les séismes touchent deux régions spécifiques du pays : le nord, qui connaît une forte croissance économique, et la région d’Agadir, l’un des principaux centres touristiques du Maroc. Les séismes ont un impact moyen de 900 MDH par an. 

Les sécheresses affectent, pour leur part, le secteur agricole, avec une perte annuelle de rendement des cultures estimée à environ 3 Mds de DH – explicitement exclue du programme d’assurance contre les catastrophes.  

Avant la mise en place du FSEC, les conséquences des catastrophes étaient à la charge du budget du gouvernement, avec une augmentation des dépenses publiques et aucun cadre légal d’indemnisation n’existait. Désormais, la donne a évolué.  De par la loi,  la première mission du fonds est l’indemnisation des personnes non assurées. Ainsi, le FSEC prend en charge les dommages répertoriées en deux types : les dommages corporels et les dommages causés aux habitations principales affectées par les catastrophes, avec un plafond.  Le fonds donne également la garantie de l’État pour que le système de couverture lié aux catastrophes fonctionne. Mohamed Amrani, président de l’Association marocaine des actuaires, a dressé pour sa part un état des lieux complet du système de retraite au Maroc ainsi que le rôle qu’a mené l’actuariat dans son amélioration. 

Au niveau international, de nombreuses réformes des retraites ont été actionnées visant à réviser les modalités des solidarités générationnelles, compte tenu des évolutions démographiques et économiques, explique le président de l’Association. Pour toutes ces réformes, les actuaires se sont toujours impliqués. Au Maroc, Mohamed Amrani relève  toutefois «un décalage temporel de plus de 40 ans entre l’instauration d’un système des retraites et l’organisation professionnelle des actuaires, puisque la profession a été mise en place dans les années 2000». Maintenant, rappellet-il, les actuaires marocains ont beaucoup œuvré pour le développement du secteur des retraites et ils ont été, naturellement, les premiers à alerter sur l’arrivée à maturité des régimes de retraites. Certes, le Maroc a enregistré des avancées en matière de sécurité sociale, témoigne Amrani. En revanche, le système actuel a montré ses limites : ce dernier est compartimenté et souffre d’un déficit de coordination, avec une fragilité de sa soutenabilité.   

L’autre limite  est la baisse des rendements financiers liée à celle des taux et aux turbulences boursières, qui ont impacté les régimes de retraite au Maroc et leurs performances financières. «Il y a un vrai sujet sur les marchés des capitaux et sa connexion avec le système des retraites», lance-t-il, lors de ce colloque international. 

Le système de retraite

Selon le président de l’Association marocaine des actuaires (AMA), il y a un besoin d’inscrire la réforme des retraites dans le cadre d’une vision globale et d’une stratégie macroéconomique. Il relève aussi qu’il y a des besoins de complémentarités institutionnelles pour assurer l’efficacité du système des retraites en tant que levier de développement économique, à travers sa bonne articulation économique et actuarielle avec le système financier.

Enfin, plusieurs défis actuariels sont à prendre en compte pour la mise en œuvre de la réforme, à travers la structuration actuarielle d’un nouveau système des retraites au Maroc. «Ce qui implique une montée en puissance de l’expertise actuarielle; ce que l’AMA prévoit de faire prochainement à travers de nouveaux partenariats académiques et professionnels», annonce-til.

Y. Seddik – 16 Octobre 2021 – Finances News Hebdo

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