L’ACAPS durcit le ton face aux pratiques abusives des assureurs automobiles au Maroc

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L’ACAPS rappelle les « Règles du Jeu » aux Compagnies d’Assurance Auto au Maroc. Une volonté renforcée de l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS) de protéger les droits des assurés. Dans un contexte où les pratiques des compagnies d’assurance suscitent des préoccupations légitimes, le régulateur a décidé de hausser le ton et de clarifier les règles applicables en matière d’indemnisation et d’exclusions contractuelles. Cette intervention du gendarme du secteur assurantiel révèle des dérives préoccupantes et pose des questions fondamentales sur l’équité des relations entre assureurs et assurés.

Une Intervention Régalienne Nécessaire

L’ACAPS a adressé récemment deux lettres circulaires aux entreprises d’assurances et de réassurance opérant au Maroc, signalant des pratiques jugées préjudiciables aux assurés. Cette démarche du régulateur n’est pas anodine: elle traduit une préoccupation croissante face à des interprétations abusives des contrats d’assurance et à des applications inéquitables des clauses d’exclusion. Le régulateur s’appuie sur le cadre légal existant, notamment le Code des assurances, pour rappeler aux compagnies les obligations qui leur incombent.

Cette intervention s’inscrit dans une logique de protection du consommateur et de renforcement de la confiance dans le secteur assurantiel. En effet, l’assurance automobile est un produit obligatoire au Maroc, et les assurés n’ont souvent qu’une marge de manœuvre limitée dans le choix de leurs garanties. Il est donc crucial que le régulateur veille au respect des règles de bonne conduite et à l’application équitable des contrats.

Le Problème du Partage de Responsabilité

L’une des principales préoccupations soulevées par l’ACAPS concerne le traitement des sinistres impliquant un partage de responsabilité entre l’assuré et un tiers. Une pratique répandue parmi certains assureurs consiste à déduire la franchise dans sa totalité lors du calcul de l’indemnité, sans tenir compte du fait que la responsabilité de l’assuré peut n’être que partielle. Cette approche pénalise injustement l’assuré et porte atteinte à ses droits fondamentaux.

Pour illustrer ce problème, imaginons un accident automobile où l’assuré est responsable à 30% et le tiers responsable à 70%. Si le dommage total s’élève à 10 000 dirhams et que la franchise est de 1 000 dirhams, certains assureurs déduisent la totalité de la franchise de l’indemnité versée à l’assuré. Or, cette pratique est contestable: l’assuré ne devrait supporter la franchise que proportionnellement à sa part de responsabilité.

L’ACAPS s’appuie sur l’article 47 du Code des assurances pour clarifier cette question. Selon ce texte, après paiement, l’assureur est subrogé dans les droits de l’assuré contre les tiers responsables, à concurrence de l’indemnité versée. Cela signifie que l’assureur peut exercer des recours contre le responsable du sinistre pour récupérer les sommes versées. Cependant, si l’assureur ne règle pas l’intégralité de l’indemnité due à l’assuré, ce dernier se retrouve privé de la possibilité d’exercer lui-même des recours sur la part non prise en charge. Cette situation crée une injustice manifeste.

La Garantie Défense et Recours: Une Obligation Souvent Méconnue

Dans le cadre de la garantie « défense et recours », l’assureur a l’obligation de défendre les intérêts de son assuré, notamment en exerçant les recours contre le responsable de l’accident. Cette obligation est fondamentale, car elle garantit que l’assuré ne sera pas laissé seul face aux conséquences financières d’un sinistre dont il ne porte qu’une responsabilité partielle.

Un aspect crucial de cette obligation concerne le partage des montants récupérés par l’assureur grâce aux recours. Lorsque l’assureur récupère un montant de recours, celui-ci doit être partagé avec l’assuré proportionnellement à la partie du dommage restée à sa charge. Cette règle garantit que l’assuré bénéficie équitablement des efforts de récupération entrepris par son assureur.

Malheureusement, cette obligation n’est pas toujours respectée dans la pratique. Certains assureurs conservent l’intégralité des montants récupérés sans les partager avec l’assuré, ce qui constitue une violation claire de leurs obligations contractuelles et légales.

Les Exclusions: Une Interprétation Stricte Imposée par le Régulateur

L’ACAPS a également clarifié sa position concernant les exclusions contractuelles. Le régulateur exige que les exclusions soient limitées à ce qui est strictement prévu par la loi et le contrat initial. Toute interprétation élargie au-delà de ces limites est désormais interdite.

Cette clarification est particulièrement importante en ce qui concerne l’exclusion liée au permis de conduire. L’ACAPS rappelle une règle simple: l’exclusion ne vise que les sinistres survenus lorsque, au moment de l’accident, le conducteur n’est pas titulaire d’un permis de conduire valide. Cette exclusion ne peut pas être appliquée de manière abusive ou étendue à d’autres situations.

Par exemple, un assureur ne peut pas refuser d’indemniser un sinistre au motif que le conducteur avait commis une infraction au code de la route, sauf si cette infraction est explicitement mentionnée comme motif d’exclusion dans le contrat. Le régulateur veille à ce que les assureurs ne créent pas des exclusions implicites ou des interprétations abusives des clauses contractuelles.

Les Implications pour les Assurés Marocains

Cette intervention de l’ACAPS a des implications significatives pour les assurés marocains. Elle signifie que les compagnies d’assurance ne peuvent plus appliquer des pratiques discriminatoires ou inéquitables sans crainte de sanctions. Le régulateur a clairement indiqué qu’il entend surveiller le respect de ces règles et que les compagnies qui ne s’y conforment pas s’exposent à des mesures disciplinaires.

Pour les assurés, cela représente une victoire importante. Cela signifie que lorsqu’ils sont impliqués dans un sinistre automobile, ils peuvent s’attendre à une indemnisation équitable, proportionnée à leur responsabilité réelle. Cela signifie également que les assureurs doivent exercer leurs recours de bonne foi et partager équitablement les montants récupérés.

Vers une Meilleure Protection du Consommateur

Cette intervention du régulateur s’inscrit dans une tendance plus large de renforcement de la protection du consommateur dans le secteur assurantiel marocain. Le Code des assurances, qui constitue le cadre légal principal du secteur, a été progressivement renforcé pour mieux protéger les droits des assurés.

Cependant, il est important de noter que la clarification des règles par le régulateur ne suffit pas à elle seule. Il est également nécessaire que les assurés connaissent leurs droits et qu’ils n’hésitent pas à contester les pratiques abusives. De plus, les compagnies d’assurance doivent mettre en place des mécanismes internes de conformité pour s’assurer que leurs pratiques respectent les directives du régulateur.

Ainsi, l’intervention de l’ACAPS auprès des compagnies d’assurance automobile marocaines représente une étape importante dans la protection des droits des assurés. En clarifiant les règles applicables en matière d’indemnisation, de partage de responsabilité et d’exclusions contractuelles, le régulateur envoie un message clair: les pratiques inéquitables ne seront plus tolérées.

Pour les assurés, cela signifie une meilleure protection et une plus grande confiance dans le système assurantiel. Pour les compagnies d’assurance, cela signifie une obligation de se conformer à des standards élevés de conduite et de transparence. Cette évolution est bénéfique pour l’ensemble du secteur, car elle renforce la confiance des consommateurs et contribue à la stabilité et à la crédibilité du marché de l’assurance au Maroc.

212assurances – Le site d’information N°1 de l’Assurance au Maroc et en Afrique – 14 janvier 2026

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