AMO: la CNSS prépare un vaste stress-test actuariel pour évaluer la viabilité des régimes sur 10 ans

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Une étude stratégique dans un contexte de généralisation de la couverture médicale

La Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) veut désormais mesurer la capacité réelle de ses régimes d’Assurance Maladie Obligatoire à absorber les charges futures liées à la généralisation de la protection sociale.

Depuis 2020, le Maroc a engagé une extension progressive de la couverture médicale à l’ensemble de la population. Cette montée en charge a profondément transformé le rôle de la CNSS, devenue gestionnaire d’un système multi-régimes couvrant des catégories très différentes : salariés du privé, fonctionnaires, travailleurs indépendants, populations vulnérables ou encore ménages en situation de précarité.

Dans ce contexte, l’institution souhaite disposer d’une vision actuarielle claire de la trajectoire financière de chacun des régimes qu’elle administre.

Deux scénarios pour mesurer les risques futurs

L’étude envisagée reposera sur deux grands scénarios de projection financière sur une période d’au moins dix ans.

Le premier scénario, dit « statu quo », simulera le fonctionnement actuel des régimes sans réforme ni modification des paramètres existants. Il permettra notamment d’évaluer à quel moment les dépenses pourraient dépasser durablement les ressources si aucune correction n’est apportée.

Le second scénario intégrera plusieurs hypothèses de réforme. Il simulera notamment les effets d’une revalorisation de la tarification nationale de référence, d’une révision des taux de remboursement, d’une modification des cotisations ou encore d’un ajustement des conditions d’éligibilité.

L’objectif est d’identifier les leviers les plus efficaces pour maintenir l’équilibre financier du système, tout en mesurant leur impact sur les assurés, les employeurs et les finances publiques.

Une attention particulière portée aux dépenses de santé

L’étude devra également analyser plusieurs variables considérées comme déterminantes pour la soutenabilité des régimes.

Parmi elles figurent :

  • l’évolution démographique des assurés et ayants droit ;
  • la progression des maladies chroniques de longue durée (ALD) ;
  • l’augmentation des pathologies lourdes et coûteuses (ALC) ;
  • l’évolution de la consommation médicale.

La CNSS souhaite également intégrer des hypothèses liées à :

  • l’inflation médicale ;
  • le vieillissement de la population ;
  • l’évolution du marché du travail ;
  • les comportements de recours aux soins.

Ces paramètres joueront un rôle central dans la robustesse des projections futures.

Des recommandations concrètes attendues

Au-delà du simple diagnostic financier, cette étude aura une vocation opérationnelle. La CNSS attend du cabinet chargé de l’analyse des propositions concrètes permettant de préserver la pérennité des régimes.

Plusieurs pistes pourraient être étudiées :

  • ajustement des taux de cotisation ;
  • révision des assiettes contributives ;
  • évolution des modalités de fonctionnement ;
  • dispositifs de maîtrise des dépenses de santé.

Les conclusions devront être présentées régime par régime, avec des indicateurs actuariels détaillés et une évaluation de l’équilibre financier selon chaque scénario retenu.

Cinq régimes passés au crible

L’étude concernera l’ensemble des régimes AMO gérés par la CNSS.

Le régime du secteur public, lancé en 2005, couvre les fonctionnaires, agents de l’État et retraités du secteur public. Il est financé par une cotisation de 5% pour les actifs et de 2,5% pour les pensionnés.

Le régime des salariés du secteur privé, également instauré en 2005, repose sur une cotisation globale combinant une part patronale et salariale, avec un remboursement de droit commun fixé à 70% de la tarification nationale de référence.

Les travailleurs non-salariés, généralisé à partir de 2021, concerne les professions libérales, indépendants, artisans et auto-entrepreneurs, avec un taux de cotisation fixé à 6,37%.

AMO Tadamon, financé intégralement par l’État, cible les personnes incapables de payer leurs cotisations, tandis que le régime AMO Achamil s’adresse aux ménages vulnérables disposant d’une capacité contributive partielle.

Un enjeu central pour l’avenir de la protection sociale

Cette initiative intervient dans un contexte où les enjeux de soutenabilité financière deviennent centraux pour l’ensemble des systèmes de protection sociale dans le monde.

Au Maroc, la généralisation de la couverture médicale constitue l’un des plus importants chantiers sociaux engagés ces dernières années. Mais l’élargissement rapide du nombre de bénéficiaires accroît mécaniquement les dépenses de santé et les besoins de financement.

À travers ce stress-test actuariel, la CNSS cherche donc à anticiper les déséquilibres potentiels avant qu’ils ne deviennent structurels.

Avec cette étude actuarielle de grande ampleur, la CNSS franchit une nouvelle étape dans la gestion de l’Assurance Maladie Obligatoire.

L’enjeu dépasse la simple évaluation financière : il s’agit désormais de garantir la viabilité d’un système devenu central dans la réforme de la protection sociale au Maroc, tout en conciliant élargissement de la couverture, qualité des prestations et équilibre économique à long terme.

212assurances – Le site d’information N°1 de l’Assurance au Maroc et en Afrique – 11 Mai 2026

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